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Politique

Discours de fondation du P2R : « Prendre racine à Ziguinchor »

Portrait de Jean Aimé, président du Parti pour la Refondation Républicaine

Discours prononcé par Jean Aimé, président du Parti pour la Refondation Républicaine, à l’occasion de l’assemblée générale constitutive du P2R.

Samedi 24 octobre 2026 — Complexe Aubert, Ziguinchor.

Monsieur Moustapha Ndiaye, Président du comité d'organisation,

Madame Khady Sène Senghor, porte-parole des femmes,

Monsieur Mohamed Diadhiou, porte-parole des jeunes,

Monsieur Djibril Dia, représentant de la délégation de Dakar,

Monsieur Nouah Diédhiou, représentant de la délégation de Ndiagne,

Sages de la Casamance, autorités coutumières et religieuses,

Chers membres fondateurs, chers militants, chers sympathisants,

Sénégalaises et Sénégalais de l'intérieur et de la diaspora,

Kasumay ! La paix sur cette terre, la paix dans ce pays, la paix dans nos cœurs.

Les remerciements

Avant de parler d'avenir, je veux m'acquitter d'une dette : celle de la reconnaissance.

Au comité d'organisation, d'abord, et à tous ceux qui, de près ou de loin, n'ont ménagé aucun effort et ont travaillé nuit et jour pour que cette assemblée se tienne dans de belles conditions. Vous avez accompli un travail remarquable, et la réussite de ce soir est d'abord la vôtre.

Aux membres fondateurs venus de Ndiagne, de Dakar, de Bignona et de partout ailleurs : certains ont traversé le pays pour être là. Ce parti est le vôtre avant d'être le mien. Mes pensées vont également à nos frères et sœurs qui sont basés à l’étrangers et qui, en raison de certaines contraintes, n’ont pas pu faire le déplacement. Beaucoup d’autres, basés à Dakar et d’autres localités n’ont pas pu venir. Nous leur transmettons nos salutations fraternelles.

Aux autorités religieuses et coutumières, enfin — et je salue particulièrement les femmes catholiques, qui cheminent avec nous depuis longtemps et qui ont répondu favorablement à notre appel. Aux aînés, à la jeunesse engagée et éveillée, aux braves dames de Ziguinchor qui nous accueillent avec une générosité qui n'a rien de circonstanciel : merci.

Le lieu du commencement

Il est des jours qui n'appartiennent pas seulement à ceux qui les vivent. Ce samedi 24 octobre 2026 est de ceux-là.

Certes, nous pouvions tenir cette assemblée à Dakar. Les ministères y sont plus proches, les caméras nombreuses, les salles vastes. Mais, nous avons choisi Ziguinchor. Ce choix n'est pas fortuit : c'est une déclaration de principe. Un pays ne se refonde pas depuis un seul point de son territoire. La Casamance — son fleuve, sa mangrove, sa rizière, son baobab, ses ressources naturelles et humaines — n'est pas une périphérie du Sénégal : elle est l'un des territoires à partir desquels le Sénégal de demain se construira.

Et c'est aussi, pour moi, un choix du cœur. Je suis né ici, j'y ai fait tout mon cursus scolaire, j'y garde mes repères. Je ne viens donc pas inaugurer une tribune : je viens prendre racine dans une ville qui est la mienne.

Ce que nous sommes

Ici, je veux être précis, parce que les mots prononcés ce soir engagent.

Le Parti pour la Refondation Républicaine est un parti centriste, républicain et patriotique. Centriste — et nous l'assumons sans détour. Ce n'est pas une précaution d'affichage : c'est une conviction, et c'est une méthode.

Le centrisme n'est pas l'art de ne pas choisir. C'est l'art de choisir sans exclure. C'est refuser les deux tentations qui se partagent trop souvent notre vie politique : la rue contre les institutions, la rente contre le travail.

Nous refusons les logiques de blocs, les discours d'exclusion et la politique de la tension. Nous croyons qu'un État fort protège le citoyen sans l'étouffer ; qu'un marché régulé crée de la richesse sans livrer le pays ; qu'une solidarité nationale protège les plus fragiles sans fabriquer des clientèles.

Ni dogme du tout-État, ni idéologie du tout-marché. Tenir la République au-dessus des camps : voilà ce que signifie, pour nous, être centriste.

L'héritage

Nous ne sommes pas nés de rien. Nous sommes le fruit du travail de toute une génération, et notre devoir est de porter le flambeau plus haut.

Notre ambition n'est pas de prendre la place de quelqu'un, mais de contribuer à la marche du pays — dans une démarche constructive, faite de dialogue et de confrontation des idées. Le P2R n'est pas un mouvement d'humeur. Non ! C'est une offre politique durable, qui place la dignité humaine, la souveraineté nationale et la cohésion du territoire au-dessus de toute autre considération.

Le constat

Le Sénégal traverse une période charnière. Il a besoin d'un espace politique crédible, capable de dépasser les logiques de blocs et de rassembler les Sénégalais autour d'un projet de société moderne, exigeant et accessible à tous.

Regardons-nous en face. Nous sommes dix-neuf millions, et notre jeunesse est majoritaire. Des terres parmi les plus fertiles du continent, et des greniers qui dépendent de l'importation. Un sous-sol riche, et des foyers qui cuisinent encore au bois. Des hôpitaux sans médicaments essentiels. Des écoles sans manuels. Une administration qui, trop souvent, réclame des papiers au lieu de rendre des services.

Rien de tout cela n'est une fatalité : ce sont des choix. Et un choix, cela se change.

Ce que nous disons à la jeunesse

Je veux maintenant m'adresser à la jeunesse, et lui parler sans détour, comme on parle à des égaux.

Vous n'êtes pas un problème à traiter. Vous êtes la première richesse de ce pays — et sa première urgence.

On vous a appris à attendre : un concours, une affectation, un visa. Nous voulons vous apprendre à entreprendre, à former, à décider.

Vous êtes la première génération sénégalaise qui peut travailler depuis Ziguinchor pour le monde entier. Le numérique, l'intelligence artificielle, les métiers de demain ne se jouent plus seulement à Dakar, ni à Paris, ni à New York : ils se jouent partout où il y a des femmes et des hommes formés.

Ce que nous vous proposons n'est pas une allocation : c'est un équipement. Une formation qui mène à un métier. Un financement pour la première embauche. Un service civique qui fait découvrir le pays. Un accès réel aux outils du numérique.

Et une règle simple : le mérite, non le carnet d'adresses. Car le vrai scandale n'est pas que certains partent. C'est que d'autres ne reviennent pas.

Nos engagements

Sur cette base, nous prenons des engagements clairs.

La souveraineté. Indépendants sans isolationnisme, ouverts sans dépendance. Produire ici, transformer ici, et faire profiter les Sénégalais de la richesse de leur sous-sol.

Le travail. L'emploi des jeunes et l'autonomisation des femmes ne sont pas des programmes sociaux : ce sont des politiques industrielles.

L'école et la santé. Une école exigeante, une université libre, des médicaments disponibles dans nos hôpitaux — car soigner n'est pas une dépense, c'est la première des politiques publiques.

La transparence. Le droit de savoir, l'obligation de rendre compte, la sanction effective.

La décentralisation. Le pouvoir ne peut plus tout décider depuis Dakar ; chaque région doit disposer des moyens de ses ambitions.

La cohésion nationale. Le Sénégal n'est pas une addition de communautés, c'est un destin commun. La nation ne se divise pas ; elle se construit.

Notre gage

On ne demande pas aux Sénégalais de croire un parti sur parole : on leur donne des garanties. Tout membre du P2R, élu ou candidat, publie sa déclaration de patrimoine, refuse les cadeaux de fonction excessifs et rend compte de sa gestion au peuple au moins une fois par an. Nos comptes sont audités et publiés ; un comité d'éthique indépendant veille.

L'exemplarité n'est pas une vertu personnelle : c'est une obligation statutaire. Et si l'un des nôtres manque, qu'il soit jugé comme n'importe quel citoyen — plus sévèrement encore, car il aura trahi une promesse publique.

La méthode

Nous ne promettons pas la victoire. Nous promettons le travail.

2026 : nous nous constituons et déployons nos coordinations dans les quatorze régions. 2027 : les élections locales — nous commençons par le bas, là où l'on peut nous juger sur pièces. Puis les législatives, avec un groupe parlementaire.

Un jour, peut-être, ce parti deviendra une alternative crédible. Et, c’est tout le sens de notre engagement.

Notre méthode tient en une phrase : construire une implantation locale solide avant de porter une candidature nationale. Nous ne demanderons pas le pouvoir avant d'avoir mérité la confiance.

L'appel

Alors, ce soir, je ne vous demande pas de m'applaudir : je vous demande de signer. La charte est sur la table. Elle n'engage à rien d'autre qu'à la probité, au travail et au respect de l'autre. Mais elle engage.

Aux jeunes : ne laissez à personne le soin de penser votre place.

Aux femmes : aucune refondation ne se fera sans vous — ni sans vous aux commandes.

Aux sages : votre expérience n'est pas un décor, elle est notre boussole.

À la diaspora : le Sénégal ne s'arrête pas à ses frontières.

À tous ceux qui, dans cette salle, doutent encore : le centrisme n'est pas une position d'attente. C'est la seule qui permette de gouverner sans diviser.

Péroraison

Le Sénégal n'a pas besoin d'un parti de plus. Il a besoin d'un parti différent : exigeant, audible, durable.

Nous en posons la première pierre ce soir, à Ziguinchor, sous le baobab et le soleil levant. Le baobab ne pousse pas vite ; il traverse les sécheresses, il nourrit, il soigne, il abrite, il se transmet. C'est cela que nous voulons être : un arbre, pas un feu de brousse.

Défar sa rëw, jariñ sa askan. Défends ton pays, sers ton peuple.

Ce n'est pas une phrase pour l'estrade. C'est un contrat.

Servir sans s'enrichir. Unir sans exclure.

Vive la République. Vive le Sénégal.